La conscience est, du point de vue général de la psychologie et de la philosophie, la faculté mentale qui permet d'appréhender de façon particulière à chacun, les phénomènes extérieurs (par exemple, sous la forme de sensations) ou intérieurs (tels que ses états émotionnels) et plus généralement sa propre existence.

La phénoménologie, démarche philosophique sur laquelle s'appuie la sophrologie, ajoute que la conscience est toujours intentionnelle, c'est à dire conscience DE quelque chose.

En sophrologie, la conscience est aussi considérée comme une énergie qui anime l'individu tout au long de son existence et qui intègre ses sensations, ses émotions, ses intuitions et ses pensées en un tout, le Soi, au minimum cohérent et, au mieux, harmonieux. Elle est individuelle et originale dans ses contenus, c'est à dire dans ce que chacun expérimente dans son existence. Et elle est universelle et transcendante dans ses structures et ses capacités : tout le monde a la capacité, plus ou moins intacte, de sentir, ressentir, avoir des intuitions, mémoriser et se rappeler, penser, imaginer.

Prendre conscience de soi consiste donc dans un premier temps à être attentif à ses sensations, ses émotions, ses intuitions, ses pensées.

Nous vivons dans un environnement, fait d'objets, d'évènements et aussi d'autres individus, avec lequel nous interagissons en permanence, selon diverses modalités :

> nous sentons cet environnement par nos sensations (la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher) et plus globalement par notre intuition,

> nous le ressentons par nos émotions (la joie, la tristesse, la peur, la colère, le dégoût, ...),

> nous le pressentons encore par notre intuition,

> nous nous le représentons par notre pensée et notre parole,

> nous le mémorisons par notre mémoire,

> nous le manipulons, nous le transformons et nous nous y déplaçons par nos actions.

Par ailleurs, pour pouvoir interagir avec notre environnement, nous avons à nous situer par rapport à celui-ci, du point de vue de notre positionnement géographique, de notre posture corporelle et aussi du point de vue de notre motivation à interagir ou à cesser d'interagir avec lui.

> Pour notre positionnement géographique, nous nous repérons principalement par la vue et aussi par l'ouïe, l'odorat et le toucher. Pour notre posture corporelle, nous utilisons 3 autres sens : pour la localisation des différentes parties de notre corps, pour le tonus de chacun de nos muscles, pour l'équilibre de notre corps et son mouvement.

> Notre motivation à interagir ou à cesser d'interagir, elle, trouve son origine, de façon plus ou moins directe, dans la recherche de satisfaction d'un ou plusieurs de nos besoins élémentaires ainsi que des valeurs (altruisme, liberté, égalité, honnêteté, ...) qui donnent du sens à notre vie. Cette motivation est toutefois largement modulée par les droits et les capacités que nous nous reconnaissons.

Les besoins élémentaires de tout être humain ont été décrits par le psychologue Abraham Maslow. Leur satisfaction est incontournable. C'est pourquoi ils constituent une motivation particulièrement puissante. A.Maslow les a hiérarchisés en 5 niveaux : à la base les besoins physiologiques (respiration, thermorégulation, soif, faim, repos, élimination, stimulation) puis le besoin de sécurité et de structure, le besoin d'appartenance, le besoin de reconnaissance et enfin le besoin de réalisation de soi.

La satisfaction de nos besoins physiologiques repose sur notre faculté à sentir la douleur, la température (le chaud, le froid), la pression en particulier dans le rectum et la vessie (besoin d'éliminer), la fatigue, la faim, la soif.

La satisfaction de nos besoins de sécurité, d'appartenance et de lien social, de reconnaissance et de réalisation repose plutôt sur notre faculté à ressentir par nos émotions.

Enfin, la conscience que nous avons des valeurs qui donnent du sens à notre vie, des droits, des limites et des capacités que nous nous reconnaissons repose sur notre faculté d'attention à nos pensées, en particulier celles qui nous définissent dans notre identité , celles qui donnent un sens à nos souvenirs, qui font de notre vie un récit cohérent.

Notre perception du réel, qu'il soit extérieur à nous ou intérieur à nous, n'est donc pas directe mais passe par un ensemble de modalités. Toutes ces modalités sont réalisées de façon plus ou moins automatisée, plus ou moins consciente, et nous amènent à nous représenter mentalement la réalité de notre environnement et de nous-même, une représentation plus ou moins précise, plus ou moins déformée par nos conditionnements. De ce fait, nos comportements sont plus adaptés à notre représentation de la réalité qu'à la réalité elle-même et sont donc plus ou moins efficaces et efficients, plus ou moins en harmonie avec nous-même et avec notre environnement.

C'est en développant la conscience de soi que l'on peut améliorer notre perception et notre représentation du réel, la rendre plus conforme à la réalité présente et ainsi mieux ajuster nos comportements à la satisfaction de nos besoins, de nos valeurs.

L. vient consulter car : "Je viens encore de me faire virer!" me dit-elle avec un petit rire aigu, assise sur une fesse, le regard fuyant, "par en-dessous". "C'est toujours la même chose : Personne ne veut de moi ! Je fais pourtant tout ce que je peux : je suis jolie, je présente bien, je suis toujours de bonne humeur et gentille avec tout le monde ! Qu'ont-ils donc à être si méchants ?¨ poursuit-elle sur un ton plus vif et en redressant le buste. Puis elle éclate en sanglots. Elle conclut, sur un ton plaintif : "Aidez-moi, s'il vous plaît !"

L., dans son état de conscience ordinaire, méconnaît certaines informations relatives à sa situation problématique :

- en particulier, dans l'énoncé de ce qui l'amène à consulter, elle a omis de préciser qu'elle a été renvoyée de son travail et généralise le fait d'être renvoyée ("c'est toujours la même chose");

- de plus, l'emploi de termes sans nuances comme "toujours", "personne", "tout le monde", ne lui permettent pas de discerner ce qui lui cause vraiment problème;

- en outre, la liste des options qu'elle met en oeuvre pour faire face à sa situation (se faire jolie, bien présenter, etc.) peut paraître bien limitée (c'est "tout ce que je peux") face à ce qui lui est réellement demandé en situation professionnelle et elle ne semble pas sûre de ses capacités réelles ("Hihihi ! Je ne sais pas si je saurai faire." répond-elle quand je lui propose d'apprendre à mieux respirer);

- enfin, L. n'a pas conscience de sa propre responsabilité dans ce qui lui arrive ("ils sont méchants").

Toutefois, L. a conscience que quelque chose ne va pas dans sa vie et l'empêche de s'épanouir. Mais le désarroi qui l'envahit à chaque échec parasite sa compréhension du problème et tous ses efforts pour dépasser cet écueil restent vains car elle réitère sans cesse le même comportement inadapté. C'est cette souffrance qui l'amène à consulter.

Les structures et capacités de la conscience sont plus ou moins accessibles d'un individu à l'autre, selon son niveau de vigilance et son état de conscience. La sophrologie, distingue ainsi :

-> 4 niveaux quantitatifs de vigilance :la veille, le niveau sophro-liminal, le sommeil, le coma ;

* au niveau de veille, le cerveau est pleinement actif et assimile automatiquement les sensations, les émotions et les intuitions dans des schémas de pensées habituels, acquis par conditionnement, au prix d'une sélection des informations, voire même d'une déformation de celles-ci; ces schémas de pensée sont caractéristiques de chaque individu, et conduisent à des réponses comportementales habituelles ; l'avantage est, entre autres, de raccourcir le temps de réponse et d'économiser l'énergie nécessaire à élaborer une réponse plus adaptée;

* au niveau sophro-liminal, le cerveau n'est plus aussi actif, sans être tout à fait au repos; les schémas de pensée habituels sont moins prégnants et les informations sensorielles, émotionnelles et intuitionnelles sont moins filtrées; ce niveau particulier d'activité cérébrale s'obtient par la maîtrise de la respiration et la relaxation musculaire;

-> 3 états qualitatifs, représentant les possibilités existentielles de l'être :

* la conscience pathologique, où l'appréhension de la réalité est gravement perturbée;

* la conscience ordinaire, sous l'emprise des conditionnements;

* la conscience sophronique, éveillée, libérée des conditionnements et en harmonie, ajustée à la réalité présente; cette conscience sophronique s'obtient par un entraînement régulier à l'exercice du niveau sophro-liminal.

La pratique de la sophrologie, dans une première étape, permet de développer l'attention à ses sensations, ses émotions, ses intuitions, ses pensées, ici et maintenant, à chaque instant qui s'écoule, comme si c'était la première fois. Il s'agit bien de dépasser ses conditionnements.

Dans un deuxième temps, la pratique de la sophrologie permet de prendre conscience de ses ressources, de ses capacités actuelles et potentielles, pour optimiser ses interactions avec son environnement de manière à obtenir le plus de bien-être, le plus de satisfaction de ses besoins, le plus efficacement possible et avec le plus d'efficience possible.

Au fil des séances, L. va progressivement maîtriser son désarroi et installer en elle une base de sécurité, qui vont lui permettre d'affiner et de rectifier la perception qu'elle a de la situation, des autres et de soi-même dans cette situation qui lui pose problème.

En particulier, elle prend conscience qu'elle se fait "virer" seulement quand elle est dans les situations où elle est confrontée à un enjeu de survie (elle a besoin de cet emploi pour avoir des ressources pour se loger et se nourrir, elle et son mari, au chômage et dépressif) et où elle est en interaction avec une personne détentrice d'une autorité. Elle prend aussi conscience de sa posture physique (assise sur une fesse, regard fuyant, ...), du ton de sa voix et d'un tic verbal ("Hihihi ! Je ne sais pas si je saurai faire !") dans de telles situations et de l'émotion (une peur panique) qui l'envahit à ce moment là.

Ces prises de conscience ouvrent la porte à des souvenirs d'enfance. Elle reprend contact alors avec la petite fille qu'elle était et à sa peur d'être rejetée par son père, trop exigeant; elle se souvient qu'à cette époque, elle avait opté pour une stratégie de gentillesse et de séduction envers son père, sur le modèle de sa mère, et à l'inverse de son frère qui tentait, lui, de satisfaire les exigences de son père, au prix d'humiliations verbales dont elle était témoin et qui la blessaient elle aussi; pour ne pas enfoncer davantage ce grand frère qu'elle chérissait, elle avait choisi de ne pas faire mieux que lui. Cette stratégie astucieuse, faite de compromis face à une situation familiale complexe, lui apportait en outre des bénéfices en terme d'attention de la part de sa mère qui l'aidait beaucoup dans ses tâches scolaires.

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